Réaliser dans des conditions professionnelles le CV Vidéo peut ouvrir des portes… des recruteurs et de vos propres ressources.

Que l’on ne s’y méprenne pas, je ne fais pas l’apologie du CV Vidéo pour tous et n’importe comment. Outre les CVs Vidéo qui ont fait la risée du Web, certains CVs ont eu un franc succès ex Alexis.

Le CV vidéo n’est pas une nouveauté; c’est le mode de diffusion par Internet et la course au sensationnel (chanté, décalé, amateurisme) qui ont changé la donne.

Deux rappels: le CV vidéo a été lancé il y a plus de 10 ans dans des dynamiques emploi en faveur de la diversité; Comédiens, danseurs, chanteurs, journalistes, animateurs… utilisent le CV vidéo comme portfolio depuis plus de 20 ans.

Nous évoquons souvent l’idée que le CV traditionnel est mort. Certes il est encore en circulation mais il n’en demeure pas moins restrictif pour certaines professions. Et dans certains cas, comme celui de la jeune journaliste Florence Porcel, il peut jouer un double rôle: démontrer ses compétences et être un révélateur de ses propres aptitudes. Je vous invite à découvrir son aventure, ses conseils dans cet interview…

Le CV Vidéo de Florence Porcel façon Amélie Poulain

Je m’appelle Florence, j’ai 26 ans, je viens de Châlons en Champagne et je suis montée à Paris il y a 8 ans pour mes études. Je suis actuellement en Master 2 professionnel de Journalisme Culturel à Paris 3, et je suis l’auteure/réalisatrice/metteur en scène/monteuse/interprète d’un CV-court-métrage façon Amélie Poulain qui buzze bien…

FB : Faire un CV vidéo pour trouver un job. C’est une idée considérée comme originale et risquée. Pourquoi et comment avez vous décidé de vous mettre en scène ?

Florence Porcel:

Une idée originale, avec le recul, pas tant que ça. J’en avais vu deux : celui de Nicolas Catard et celui d’Isabelle qui a repris la chanson de Soeur Sourire. C’était deux clips, j’ai donc voulu me démarquer en faisant un court-métrage. Et quand le mien a commencé à être repris, les blogueurs ont souvent listé ceux qui avaient précédé le mien. Je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à m’être risquée à l’exercice, loin de là… Même si ça reste un phénomène minoritaire.
J’ai décidé de me mettre en scène pour trois raisons : la première était que ma créativité en berne depuis un moment me démangeait fortement, et j’avais envie d’un projet totalement nouveau, d’un défi à relever (je n’avais jamais filmé la moindre image, ni encore moins monté quoi que ce soit) ; la deuxième était que j’étais vraiment désespérée, je cherchais ce contrat depuis début juillet sans aucun résultat… ; et la troisième était que la forme court-métrage me permettait de montrer ce que je sais faire dans le fond (mon parcours, ma personnalité, mon univers, mes expériences diverses), dans la forme (l’image, le montage, la mise en scène, le travail de comédienne) et plus encore pour le métier auquel je me destine (l’articulation avec la voix-off, comment je passe à l’image, comme je prends la lumière, etc…).

FB: Quels enseignements avez vous tiré de cette expérience ? Quelles compétences avez vous déployées et découvert en vous ?

Florence Porcel:

J’ai appris énormément sur moi-même, sur la technique, et sur les autres aussi. Je ne me savais pas capable d’une telle capacité de concentration (je pense à la journée de tournage), d’une telle ténacité, d’une telle opiniâtreté… Je ne pensais pas être capable de déléguer à ce point mon « bébé » à mon amie Virginie Sarrazin qui m’a énormément aidée au niveau de la mise en scène, et je ne pensais pas me livrer totalement à son jugement et à lui accorder une telle confiance les yeux fermés. Elle a été d’un professionnalisme extraordinaire. Et, bien sûr, je ne savais pas faire un montage, j’ai donc appris (et beaucoup !!) au fur et à mesure. Je pense vraiment avoir produit quelque chose d’abouti, et je me suis découvert un perfectionnisme sans limites. Caler au dixième de seconde ne me suffisait pas – il me fallait le centième, c’était plus propre. En fait, je ne me savais tout simplement pas capable de tout ça… puisque je ne l’avais jamais fait !!
Plus récemment, mes proches m’ont dit qu’ils s’étonnaient de me voir rester si stoïque par rapport au succès de la vidéo, aussi bien sur le net que dans les médias. Ils étaient persuadés que je prendrais la grosse tête… C’est étrange de se rendre compte de l’image que les autres ont de soi… Ils sont plutôt contents de voir que tout ceci m’amuse, que je le prends comme un jeu – et c’est tout. En même temps, rien n’a changé dans ma vie : je n’ai toujours pas de stage (…), je vis toujours dans 12m², on ne me reconnaît pas dans la rue (à part quelques exceptions à Châlons), et je pique toujours dans mon livret A pour faire mes courses. Ça aide à garder les pieds sur terre. Même si je suis fière de la vidéo en elle-même, qui m’a demandé un travail monumental.

FB:  L’exercice que vous avez réalisé est en lien avec le métier que vous souhaitez exercer. Pensez vous que le CV vidéo soit un format d’avenir ? Pour tous ?

Florence Porcel:

Je ne sais pas vraiment… En fait j’aurais tendance à dire que c’est un format du passé, maintenant ! J’ai l’impression qu’on en a fait le tour, d’après tout ceux que j’ai vus : clips, dessins animés, courts-métrages, animation, ou plus simplement un plan fixe sur la personne énonçant ses expériences… Il faudrait trouver une autre forme pour le réinventer. Ce n’est pas exclu… Mais j’ai vu récemment un CV en BD. La vidéo n’est donc plus le seul support pour un CV original, désormais.
Et non, je ne pense pas que ce soit un format pour tous. Dans une recherche d’emploi, qu’elle soit classique ou originale, il faut surtout veiller à rester cohérent. Faire un CV-vidéo quand on veut travailler à la télévision est cohérent, puisque la présentation des compétences porte aussi bien sur la forme que sur le fond – et au niveau de la maîtrise des réseaux sociaux et du média internet, également. Je savais qu’en mettant ma vidéo sur le web, je toucherais des journalistes, qui à leur tour en parleraient à d’éventuels employeurs. Pour un poste qui n’a rien à voir avec les métiers des médias, de l’image, du spectacle, de la communication (et encore…), ou à la rigueur des VRP si le candidat fait vraiment un truc sympa, je ne pense pas que ce soit utile – ni conseillé. Il faut une certaine aisance devant une caméra que tout le monde n’a pas.
En fait, j’analyse mon choix comme une réaction à un marché bouché. Il ne semble pas y avoir de place pour moi ? Okay, je vais donc me la créer en innovant (c’est un peu prétentieux, je vous l’accorde, mais j’ai de plus en plus l’impression que c’est l’état d’esprit à avoir pour s’en sortir, malheureusement). Ma force, c’est d’avoir su m’adapter comme personne ne l’avait encore fait. Et c’est vrai que ça a fait son petit effet… Mais c’est une analyse peut-être un peu orgueilleuse…

FB: Quels conseils partageriez vous avec ceux qui seraient tentés d’en faire un ? méthode, astuces, questions à se poser…

Florence Porcel:

Oups, j’ai devancé cette question ! Mon conseil, c’est de ne pas le conseiller aux personnes dont les métiers ne se rapportent pas à l’image ni aux médias. C’est cohérent pour un journaliste, un communiquant ou un technicien du spectacle avec une vraie présence (par exemple), mais par pour une esthéticienne ou une assistante de direction. Un cuisinier désespéré devrait plutôt proposer chaque jour un bon petit plat à un restaurateur plutôt que de se filmer en train de cuisiner. En espérant qu’on n’en arrive jamais là pour trouver du boulot quand même… Pour la méthode, il faut veiller à garder le rythme, surtout si ça dure plus d’une minute. Il faut intriguer assez le recruteur pour qu’il ait envie de regarder jusqu’au bout et de vous contacter ensuite. Il faut donc que l’image et le son soit les meilleurs possibles. Une narration construite est pour moi indispensable : si c’est pour réciter votre CV papier, ça ne sert à rien. Racontez une histoire ! Tout le monde aime les histoires – même les recruteurs. Quant aux questions à se poser, elles sont nombreuses : le rendu est-il vraiment cohérent avec mon parcours ? reflète-t-il ma personnalité ? ai-je bien exprimé ce que je cherchais ? etc… Et surtout, un dernier conseil indispensable : si vous avez le moindre petit doute sur l’accueil que votre vidéo va recevoir, ne prenez pas le risque. Internet est un monde absolument cruel. C’est quitte ou double : soit on est encensé, soit on est assassiné. Et les conséquences peuvent être désastreuses, tant au niveau professionnel qu’au niveau psychologique. Le risque est là… Il faut savoir le mesurer.

FB: Quel est votre ROI ? Votre actualité…

Florence Porcel:

Faite avec les moyens du bord, ma vidéo ne m’a strictement rien coûté. Je n’ai donc pas perdu d’argent, c’est au moins ça ! Mais je n’ai pas trouvé de contrat d’apprentissage – il est trop tard maintenant. Je me vois dans l’obligation de chercher un stage (j’ai une piste très sérieuse…) même si ça va être compliqué financièrement ces prochains mois (je suis indépendante et j’ai un loyer – entre autre !! – parisien à payer).

Mon retour sur investissement se trouve plutôt dans la visibilité incroyable que me procure cette vidéo : tous les médias, tous supports confondus, en ont parlé, sans compter les sites et les blogs. Et même jusqu’en Belgique et au Québec ! J’accepte toutes les demandes des journalistes (même si ça me prend un temps fou et une énergie considérable) parce que j’apprends beaucoup en les observant travailler (dites, monsieur le directeur du Master, ça peut passer comme un stage, hein ? diiiites ?…) et que surtout… ça me permet de me constituer un réseau – absolument indispensable. Le retour sur investissement se trouve donc principalement là : le carnet d’adresses. Pas négligeable quand même.
Voir la médiatisation de l’autre côté de la barrière est extrêmement instructif, et on me sollicite pour des choses auxquelles je n’aurais jamais eu accès sans cette vidéo. Par exemple, la semaine prochaine, je serai une des participantes à un colloque au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur l’insertion des jeunes diplômés dans le monde de l’entreprise, en présence de Valérie Pécresse… « Consultante au Ministère », ça en jette ! Ironie du sort, trois jours après, je suis convoquée au Pôle Emploi pour un atelier d' »aide à la rédaction de lettre de motivation et d’optimisation de télé-candidature ». Je viens de passer sur TF1 (sans parler du reste), mon CV-vidéo a été visionné près de 65000 fois, Laurent Wauquiez (Secrétaire d’Etat à l’Emploi) l’a personnellement remarqué… et ma conseillère Pôle Emploi ne l’a pas regardé. Cherchez l’erreur. (Comment ça, on sent une pointe d’aigreur dans mes propos ?? Meuh non.)
Mis à part ce genre de chose (dont je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer), je pense que ce buzz me servira sur le long terme. A moi de ne décevoir personne quand je me lancerai dans le métier… Il ne faut pas que je me loupe. J’ai l’impression d’être attendue au tournant. Grosse pression…

FB: Avez-vous une référence, un héros ?

Florence Porcel:

Pas vraiment. Ces dix dernières années, ma vie n’a pas été rose tous les jours – mais j’en tire une force que je n’aurais jamais eue sinon. Il y a bien des personnes qui m’ont aidée à tenir, mais elles ne sont pas forcément des héros. J’ai fait une rencontre qui a littéralement bouleversé mon existence et qui a fait que je suis celle que je suis devenue aujourd’hui – encore plus forte – mais je ne mets pas forcément cette personne sur un piédestal, même si elle reste ma (p)référence, et même si je l’admire sur bien des points. A quoi sert un héros à qui, par définition, on n’arrivera jamais à ressembler ?… Je préfère donner le meilleur de moi-même, me lancer des défis dans le genre de cette vidéo, pour connaître mes limites et mes capacités à dépasser ensuite, et avancer pas à pas dans la vie, à mon rythme, en fonction des circonstances que l’on ne maîtrise pas. Ca me semble plus sage et plus sain que de suivre absolument une voie tracée à l’avance avec un but bien souvent inatteignable. Ma philosophie, c’est d’accepter ce que m’apporte la Vie au jour le jour, même – et surtout !! – l’inattendu. Avec un but précis en tête, le risque est de ne pas remarquer les opportunités qui arrivent des chemins de traverse – et qui seraient peut-être la clef. Rester ouvert… ouvrir grands les yeux, être curieux, et accepter. Même les baffes. A-t-on vraiment le choix ? S’ébrouer, et repartir avec la même énergie. Pour devenir soi-même le héros de sa propre vie ?…

FB: Florence, Merci :-) Nous vous souhaitons…une bonne route et à très bientôt pour de bonnes nouvelles !

En savoir plus

Son blog: http://culture-en-vrac.over-blog.com
Equipe de tournage:

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